Journée internationale pour mettre fin à la violence envers les travailleurs du sexe

 
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Depuis 2003, une journée internationale de lutte contre les violences faites aux travailleuses du sexe est organisée le 17 décembre en mémoire des travailleuses du sexe assassinées et pour la lutte contre la stigmatisation engendrant ces violences.

Journée internationale pour mettre fin à la violence envers les travailleurs du sexe - Montreal 2010 c MARIE-JOSÉE ROY

Journée internationale pour mettre fin à la violence envers les travailleurs du sexe – Montreal 2010 c MARIE-JOSÉE ROY

 

Initialement publié par “STRASS” en 2015 pour la  journée internationale de lutte contre les violences faites aux travailleurSEs du sexe. Le STRASS ou Syndicat du TRAvail Sexuel existe depuis 2009 en France. Parce que nous, les travailleurSEs du sexe, considérons que le respect des droits fondamentaux d’une personne est le meilleur moyen de favoriser son émancipation, nous nous battons avec le STRASS pour que touTEs les travailleurSEs du sexe aient les mêmes droits que toute personne et toutE travailleurSE. 

Le 17 Décembre est la journée internationale de lutte contre les violences faites aux travailleurSEs du sexe. Agressions, répression, exploitation, expulsions, viols, meurtres : si ces violences ne nous sont pas particulières, elles n’en restent pas moins favorisées par un cadre juridique qui nous pénalise spécifiquement.

CriminaliséEs par les lois contre le racolage et le proxénétisme qui favorisent notre exploitation, nous devons aussi lutter depuis plusieurs années contre le projet de loi de pénalisation des clients et faire face à une avalanche d’arrêtés municipaux anti-prostitution. Sous couvert de lutter contre l’exploitation des travailleurSEs du sexe, c’est la répression de ces dernierEs qui s’organise, avec ses conséquences en termes de précarisation, d’augmentation des violences et de dégradation de notre santé.

Notre vulnérabilité aux violences et à l’exploitation ne sera pas combattue par des mesures punitives et policières, mais par l’organisation des travailleuses du sexe en lutte, une organisation aujourd’hui entravée par notre criminalisation. Plutôt qu’un conditionnement des maigres aides sociales à l’arrêt de la prostitution, plutôt qu’un tour de passe-passe entre l’abrogation du délit de racolage et la pénalisation des clients et plutôt que des titres de séjour précaires, nous défendons l’accès aux droits pour touTEs, des régularisations qui permettent notamment l’accès à la justice pour les victimes de violences ou d’exploitation et l’abrogation immédiate du délit de racolage et des arrêtés municipaux interdisant l’espace public aux travailleurSEs du sexe.

Parce que ces politiques s’inscrivent dans une dynamique de gestion raciste, sexiste, et sécuritaire de la société, nous voulons aussi dénoncer, en ce 17 décembre, le traitement inhumain qui est réservé aux réfugiéEs par l’État français, ainsi que l’instauration par celui-ci d’un « état d’urgence » dont la fonction principale est de faire taire toute contestation sociale. Arrestations arbitraires, perquisitions, gardes à vue, interdiction de séjour : autant de choses que les travailleurSEs du sexe subissent régulièrement, autant de raison de nous inscrire aujourd’hui en solidarité avec toutes celles et ceux qui subissent ces maux!

 

En France, la prostitution n’est pas interdite mais de nombreuses mesures criminalisent les travailleuses du sexe. En effet, depuis 2002, la municipalité de Lyon conduit une politique d’arrêtés municipaux (interdisant la prostitution ou le stationnement des camionnettes des travailleuses du sexe) repoussant les personnes de plus en plus loin du centre-ville. Au niveau national, depuis 2003, la loi pour la sécurité intérieure (LSI) pénalise le racolage passif et expose les travailleuses du sexe à des arrestations, des amendes et des peines de prison. Enfin, les lois sur l’immigration concernent aussi les personnes prostituées migrantes qui peuvent être arrêtées et expulsées.

Ces lois éloignent les travailleuses du sexe des lieux de passage, les exposant davantage aux risques de violences nombreuses et variées (agressions physiques, viols, vols, menaces, insultes…). Ces violences sont autant le fait de « clients » violents, que de passants ou d’habitants des quartiers de prostitution… Mais nous constatons aussi de nombreuses violences symboliques portées par des représentants d’institutions (police, travailleurs sociaux) : harcèlement, pressions morales, jugement sur l’activité, discriminations… Parce qu’elles sont marginalisées et stigmatisées, de nombreuses travailleuses du sexe n’osent pas porter plainte et, quand elles le font, leurs plaintes sont souvent classées sans suite. Ce climat d’impunité pour les agresseurs accentue le risque d’agression.

-Communiqué de presse de l’association Cabiria, 2010

 

Le 20 décembre 2013, la Cour suprême du Canada (CSC) a rendu un jugement unanime dans l’affaire Bedford c. Canada, invalidant les dispositions du Code criminel compromettant la santé et la sécurité des travailleuses et travailleurs du sexe. Cette déclaration d’invalidité fut suspendue pour un an, période au cours de laquelle le gouvernement du Canada se vit offrir l’opportunité de considérer l’élaboration de nouvelles lois, ou non, et le temps de s’assurer que toutes nouvelles lois soient conformes à la Charte des droits et libertés.

Le gouvernement fédéral a déposé le projet de loi C-36 en juin 2014. La Loi sur la protection des collectivités et des victimes d’exploitation (LPCVE) a reçu la sanction royale le 6 décembre 2014, criminalisant par ce fait même l’obtention de services sexuels moyennant rétribution, la communication en vue d’obtenir ou d’offrir de tels services moyennant rétribution, spécialement dans les endroits publics, près des écoles, églises ou garderie, le fait de bénéficier d’un avantage matériel (profit) provenant de l’offre de services sexuels moyennant rétribution, le fait d’amener une personne à offrir ou à rendre des services sexuels moyennant rétribution, et quiconque fait sciemment la publicité de services sexuels moyennant rétribution.

Avec le LPCVE, le gouvernement fédéral a rétabli des dispositions très similaires à celles abrogées par la CSC pour leurs atteintes à la santé et à la sécurité des travailleuses et travailleurs du sexe Ceci indique que les nouvelles lois sur la prostitution, comme les anciennes, sont susceptibles d’être contraire à la Charte canadienne des droits et libertés.

Cette approche continue d’imposer des conditions de travail dangereuses, de criminaliser les travailleuses et travailleurs du sexe, de limiter leur contrôle sur leurs conditions de travail ainsi que les options sécuritaires à leur disposition…Les connaissances en sciences sociales produites au Canada et partout au monde démontrent que la promulgation de telles lois poussent davantage l’industrie du sexe dans la clandestinité, limitent l’accès des travailleuses et travailleurs
du sexe à des mesures de sécurité critiques et a d’importantes conséquences négatives sur leur santé, leur sécurité, le respect des droits de la personne. La situation est particulièrement alarmante dans le cas de personnes dont le statut d’immigration est précaire puisque

Sexual Health & Rights – Canada, 2014

 

Nous revendiquons l’application du droit commun à touTEs les travailleurSEs du sexe. A ce jour, la législation française est particulièrement discriminatoire à l’égard des travailleurSEs sexuelLEs que sont les prostituéEs (de rue ou indoor), en conséquence de la politique prohibitionniste menée par la France…Depuis 2003, les travailleurSEs du sexe s’exposent à 2 mois d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende en cas de racolage public, qu’il soit actif ou passif. Cette infraction est non seulement appliquée de manière arbitraire par les forces de police – toute travailleurSe du sexe se trouvant sur la voie publique est considéréE comme unE délinquantE – mais elle a en outre pour effet de nous isoler (notamment des structures d’aide et de prévention), de nous précariser et de nous rendre plus vulnérables aux infections sexuellement transmissibles, au VIH, et aux abus de toute sorte.

Nous réclamons la disparition du code pénal des dispositions sanctionnant spécifiquement le « proxénétisme ». Censées nous protéger des exploiteurs, elles font aussi obstacle à l’exercice de la prostitution en nous refusant la possibilité de nous organiser (en nous empêchant, par exemple, de partager un lieu de travail) ou de bénéficier d’une quelconque aide extérieure. Ces dispositions ont également pour conséquence de nous isoler toujours plus du reste de la population, en accusant de proxénétisme toute personne bénéficiant de nos revenus, y compris les membres de notre famille ou nos amis, à moins de prouver que leur train de vie correspond à leurs ressources. Enfin, nous nous opposons fermement à la pénalisation de nos clients. La loi permet déjà de sanctionner les atteintes ou agressions sexuelles ainsi que les « clients » de mineurs, de personnes particulièrement vulnérables ou de victimes de travail forcé ou de traite.

-STRASS-Syndicat du Travail Sexuel, 2015

 

 
 
Ce texte a été adapté d’un communiqué de presse écrit par Les ami (es) Stella et le programme de Travailleurs du sexe de RÉZO
Cliquez ici pour afficher communiqué de presse d’origine.

Le 17 décembre est la Journée internationale pour mettre fin à la violence contre les travailleuses.eurs du sexe. Venez nous joindre pour protester contre la violence faite par les aggresseurs et due aux lois criminelles ainsi que la marginalisation systémique qui nous rend vulnérables à toutes formes de violence. On dénonce la stigmatisation, le jugement de nos propres vies, et la difficulté d’accéder à la justice.

Le 17 décembre de chaque année, c’est la coutume, les travailleuses et travailleurs du sexe (TDS) de partout dans le monde se mobilisent afin de dénoncer les violences que nous vivons au quotidien. Nous marcherons en solidarité avec plusieurs groupes de travailleuses et travailleurs du sexe à travers le monde pour refuser les violences qui nous sont faites, le climat d’impunité et la banalisation de la violence faite envers les TDS. Le parapluie rouge est un symbole de ce mouvement international pour la reconnaissance de nos droits et signifie notre beauté et notre capacité de résister aux attaques, tant humaines que venues du ciel.

Chaque jour, plusieurs d’entre nous, travailleuses et travailleurs du sexe, subissons de la violence, des préjugés et le mépris social, en plus de faire face à la répression policière. La criminalisation des activités entourant le travail du sexe crée un contexte qui engendre des violences tant physiques que sexuelles. En effet, devant se cacher de la police, nous sommes forcéEs de travailler dans des endroits isolés et non sécuritaires.